Tiurai et Heiva, les festivités de Juillet à Tahiti & ses îles

Le fait historique du sauvetage d’une part importante de la culture de Tahiti et de ses îles grâce à la conjugaison des fêtes du 14 juillet et du Tiurai, à partir de 1881

Souvent, il ne faut pas grand-chose pour que l’histoire se fasse ou se défasse… Juste un détail, un fait fortuit qui finit par tout changer, pour le mal ou pour le bien. De toutes évidences, cela a été le cas pour une part importante de la culture polynésienne qui semble devoir sa survivance à un hasard favorable ou une sorte de coup de chance… Mais était-ce bien un coup de chance ? ou faut-il plutôt y voir après coup, l’heureux résultat d’une action politique royale d’une stupéfiante ingéniosité ?

Serait-ce un paradoxe de l’histoire coloniale qui a voulu que la fête nationale française du 14 juillet ait indirectement permis aux forces vives de la culture polynésienne de survivre, en échappant à la désuétude, à l’oubli et à la déréliction ? … Avec plus de 130 années de recul par rapport à cette question, on est tenté de dire oui… En effet, une bonne part de la culture polynésienne – notamment les danses et les sports traditionnels- doivent sûrement leur survivance à l’initiative clairvoyante et visionnaire que la reine Pomare IV a eue en 1881, en dédiant les fêtes du Tiurai à la République à l’occasion de la toute première célébration du 14 juillet à Tahiti. Ce faisant, elle a délivré un message subtil qui portait à la fois le vœu d’allégeance à la France et l’affirmation politiquement correcte de la différence culturelle polynésienne…

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que le Tiurai ait joué à cette occasion, le rôle fédérateur qui lui est toujours revenu dans l’histoire précoloniale de Tahiti. De tous temps, en effet, l’événement du Tiurai avait permis aux monarques tahitiens de fédérer les archipels malgré leurs forts particularismes, voire leurs dissidences… Alors pourquoi ne pas aussi appliquer la recette gagnante à l’occupant ?… En tous cas, la recette a fonctionné et en cela, la reine a montré à l’histoire qu’elle était bien restée la reine… Puisqu’au final, elle a dominé la situation, au point même de parvenir à « fédérer » la République Française autour de la culture de son peuple, en la sauvant ainsi d’une disparition programmée…

C’est donc le 14 juillet 1881 que tout se joue : ce jour-là, la fête nationale française du 14 juillet est célébrée pour la première fois à Tahiti et elle le sera tous les ans à partir de cette date. Selon la volonté de la reine Pomare, cette première célébration du 14 juillet intervient en même temps que les fêtes locales traditionnelles de juillet et les deux événements interagissent puissamment, dans une symbiose festive sans précédents, unissant les cultures de l’occupant et de l’autochtone. Ainsi naquirent les festivités du Tiurai (qui signifie « juillet » en Tahitien par dérivation mot anglais « July »).

Par la suite, les fêtes du Tiurai seront maintenues et leur popularité ira grandissant : elles verront se rencontrer les courses de chevaux, les défilés militaires et les bals organisés par l’administration coloniale ; et les manifestations sportives et culturelles locales alors essentiellement constituées par les danses guerrières (« ote’a »), les chants traditionnels (« himene »), les courses de pirogues et les jeux sportifs traditionnels. Le Tiurai et le 14 juillet ont fini par représenter un peu la « même » fête dans l’inconscient collectif local. Les deux événements étaient chaque année, vécus dans la foulée l’un de l’autre, dans l’euphorie de festivités prenant place tout au long du mois de juillet. Au fil des temps, le Tiurai était devenu l’échéance annuelle de la communion des cultures. Il marquait le temps des conciliations et réconciliations, comme l’acceptation de « l’autre ».

Un an après l’accession de Tahiti et de ses îles à l’autonomie interne, soit en 1985, le Tiurai a été rebaptisé Heiva pour marquer aussi bien son recentrage sur la différenciation et la valorisation de l’identité culturelle polynésienne que la rupture avec l’ancien esprit du Tiurai qui voulait que ces fêtes soient données en l’honneur de la France.
C’est donc dans ce cadre d’œcuménisme culturel du Tiurai qu’une part importante de la culture de Tahiti et de ses îles a pu survivre. En son temps, le Tiurai donnait aux polynésiens l’occasion d’exprimer subtilement leur allégeance à la France et leur différence culturelle. Mais le Heiva marque une évolution notable de la démarche d’adhésion de nos populations à l’événement : Au gré du temps le Tiurai avait fini par exprimer surtout la différence culturelle. Mais le Heiva marque le temps du dépassement de ce seul besoin de différenciation au profit de l’expression d’une identité polynésienne pleinement épanouie qui ne cherche plus ni à s’offrir à la France, ni à s’en différencier…

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