Danses tahitiennes traditionnelles – miraculées de l’histoire

Les danses tahitiennes traditionnelles sont des miraculées de l’histoire.

Nietzsche aurait pu dire d’elles que « tout ce qui ne les a pas tuées les a rendues plus fortes » … Mais cela ne se serait pas fait tout seul, si Madeleine Mou’a n’avait pas été là et si elle n’était pas venue les sauver de l’oubli…

Si les danses tahitiennes traditionnelles ont pu survivre jusqu’à nos jours, elles le doivent historiquement aux fêtes du Tiurai (rebaptisé Heiva en 1985) qui depuis 1881, sont organisées en même temps que celles du 14 juillet (fête nationale française) ; ce dans le cadre d’une interaction symbiotique des deux événements qui a contribué indirectement à préserver la culture polynésienne en général et les danses tahitiennes, en particulier. Mais nos fascinantes danses tahitiennes doivent aussi et surtout leur survivance à la foi et à la persévérance de Madeleine Mou’a, danseuse / chorégraphe visionnaire et éclairée, qui les a remises au goût du jour en impulsant véritablement leur redéploiement, dans le respect des fondamentaux de l’art ancestral du « ori tahiti » (mot signifiant « danses » en langue Maohi) … Histoire d’une véritable résurrection :

Le christianisme a bien failli faire disparaître les danses polynésiennes traditionnelles

A partir de 1797, les premiers missionnaires protestants arrivèrent à Tahiti. Dès lors, s’amorça le processus de la christianisation, lequel s’accompagna d’une inexorable déculturation des populations qui dans le même temps, s’acculturaient à de nouvelles valeurs tant spirituelles que sociétales et sociales ; ce, jusqu’à la conversion de toute la population au christianisme qui intervint de manière péremptoire et radicale en 1815 (soit au moment de la chute de l’empire Napoléonien) … Personne ne sera surpris en apprenant que les missionnaires des premiers âges de la colonisation, ne virent pas d’un bon œil les danses tribales polynésiennes dont la spontanéité, la naturalité et la sensualité ne cadraient assurément pas avec les valeurs puritaines des sociétés occidentales de ce début de 19ème siècle…

Aussi, les danses furent-elles rapidement interdites ; parce que dans la perception des missionnaires, elles démontraient et manifestaient bien trop haut et bien trop fort, le fait culturel et sociétal d’une absence de tabous en rapport avec le corps et la sexualité. Quand la France de la Monarchie de Juillet (1830 / 1848) prit possession du pays en 1842, elle adopta une position plus libérale vis-à-vis des danses tribales qu’elle autorisa, tout en censurant les formes de chorégraphies les plus libérées (notamment le « upa-upa » qui se dansait en couples de manière trop explicite au regard des critères de la morale française de l’époque).

1881, fêtes du Tiurai

L’avènement des premières fêtes du Tiurai à partir de 1881, a permis aux danses tahitiennes de survivre dans le cadre annuel de ces festivités initialement conçues par la reine Pomare IV pour réunir les cultures métropolitaine et locale. Mais pour les danses tahitiennes, il ne s’agissait que d’un répit car de nouveaux dangers commençaient à les menacer, surtout vers la fin des années cinquante… Des dangers qui pour être moins évidents que l’avaient été les interdits religieux, n’en étaient pas moins redoutables : Au premier plan des risques, la société de consommation avec son énorme pouvoir de destruction des cultures, folklores et arts ancestraux.

Au second plan, l’ouverture de Tahiti et de ses îles au grand monde via les liaisons maritimes et les premières liaisons aériennes. Cette mise en connexion avec le monde a introduit de nouveaux goûts, de nouveaux styles musicaux et de nouvelles danses qui ont contribué à un certain délaissement de l’art traditionnel du « ori tahiti » …

Mais le troisième danger était sûrement le pire : au fil des années la danse tahitienne se repliait sur elle-même, au point d’involuer. Elle restait le fait des communautés insulaires ou des districts de l’île de Tahiti, sans vraiment faire l’objet de représentations « grand public » capables d’impacter l’identitaire polynésien… Art méconnu presque réservé à des cercles d’initiés, la danse tahitienne traditionnelle finissait par se « reproduire » voire « s’émuler » elle-même, dans une sorte de clandestinité… Et clairement, cela pouvait la tuer plus sûrement que tous les autres dangers…

Madeleine Mou’a

C’est en 1956 que Madeleine Mou’a -alors institutrice de Tahiti- prit conscience de l’extrême précarité de la position des danses tahitiennes, en réalisant aussi que leur temps était compté si on ne faisait rien pour les remettre en lumière, voire en vedette… La fin des années cinquante correspond aux années du réveil de la conscience culturelle polynésienne. Ce contexte a sûrement contribué à rendre les esprits locaux plus réceptifs au message que Madeleine Mou’a adressait à l’identitaire culturel polynésien. Madeleine Mou’a eut l’idée visionnaire de relancer les danses tahitiennes en les plaçant au-devant de la scène après un séjour en France où elle avait vu des groupes folkloriques de différentes régions. Elle y vit la preuve de la possibilité de sauver le « Ori Tahiti », tout comme l’avaient fait ces collectivités régionales…

A son retour à Tahiti, Madeleine Mou’a créa un groupe de danse qu’elle appela « Heiva » dont le succès alla grandissant d’années en années. Les ballets donnés par son groupe lors des concours de danses du Tiurai forcèrent l’admiration et même l’émotion de tous. Ces ballets adressaient à tous les polynésiens le message d’une dignité et d’une identité culturelles retrouvées. Devenue en quelques années, la « grande prêtresse » de la danse, Madeleine Mou’a s’est attachée à retrouver les fondamentaux des danses tribales originelles et à les préserver, tout en y ajoutant la grâce naïve et l’élégance raffinée de ses propres créations chorégraphiques.

C’est ainsi qu’en tant que véritable pionnière sur la terre de sa propre culture, Madeleine Mou’a a réussi à sauver les danses tahitiennes traditionnelles de la triste « mort par l’oubli » qui les attendait ; pour les rendre à la vie, comme à l’éternelle jeunesse des corps et des âmes…

Quand la danse renaît de ses cendres…

A l’instar de la culture polynésienne envisagée dans son entier, les danses tahitiennes traditionnelles reviennent donc vraiment de loin. En effet, elles ont échappé aux trois puissantes forces de déculturation qu’ont été la christianisation et plus tard, la société de consommation et la mondialisation. Mais grâce à Madeleine Mou’a, elles ont aussi échappé à l’oubli, au désintérêt ou à l’immobilisme culturel qui les menaçait logiquement du fait d’une transition trop rapide des sociétés polynésiennes archaïques vers le modèle occidental …

Nietzsche disait : « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » … L’analogie avec le destin des danses tahitiennes est tentante, tant il est vrai que ce qui aurait dû logiquement les faire disparaître les a finalement, rendues plus fortes, plus dynamiques, plus rayonnantes et surtout, plus créatives… Mais sans Madeleine Mou’a, il est probable que les danses aient été finalement tuées par ce qui logiquement, le devait… Ce à plus ou moins longue échéance… Alors simplement merci Madeleine !

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